Charte informatique d’entreprise : contenu, plan type et mise en place au Maroc
Charte informatique d’entreprise au Maroc : ce qu’elle doit contenir, lien avec le règlement intérieur, la loi 09-08 et la DNSSI, plan type et mise en place en 7 étapes.

La réponse courte : une charte informatique est le document qui dit aux salariés ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire avec les outils de l’entreprise (poste, messagerie, internet, téléphone, cloud, IA), et ce que l’entreprise contrôle. Au Maroc, aucune loi ne l’impose à toutes les entreprises privées, mais elle est la pièce qui relie trois obligations : le règlement intérieur du Code du travail, l’information des salariés exigée par la loi 09-08, et les bonnes pratiques de sécurité de la DGSSI. Pour qu’elle serve vraiment, quatre conditions : courte et lisible, rattachée au règlement intérieur, signée par chaque utilisateur, et appliquée par des réglages techniques.
Chez ALLSAFE SOLUTIONS, nous aidons les PME de Casablanca et de tout le Maroc à écrire leur charte informatique et surtout à la rendre réelle dans les outils, dans le cadre de nos missions de cybersécurité des entreprises au Maroc. Ce guide n’est pas un avis juridique : faites valider le texte final par votre conseil.
Charte, politique de sécurité, procédures : ne pas tout mélanger
Beaucoup d’entreprises ont un document de trente pages que personne n’a lu, qui mélange règles pour les salariés et consignes pour les administrateurs. Il vaut mieux séparer trois niveaux :
| Document | Destinataires | Contenu | Signature |
|---|---|---|---|
| Politique de sécurité (PSSI) | Direction, service informatique | Objectifs, organisation, responsabilités, règles de sécurité de l’entreprise | Validée par la direction |
| Charte informatique | Tous les utilisateurs, y compris stagiaires et prestataires | Règles d’usage au quotidien, contrôles, sanctions | Signée par chaque utilisateur |
| Procédures techniques | Équipe informatique ou infogérant | Création des comptes, sauvegardes, mises à jour, réponse aux incidents | Internes |
La charte est donc le seul des trois qui s’adresse à tout le monde. C’est aussi celui qui engage le salarié.
Ce que dit le cadre marocain
Pas de loi spécifique sur internet au travail. Interrogé par La Vie éco, un avocat du barreau de Casablanca rappelait qu’aucune législation ne régit spécifiquement l’usage d’internet au bureau, et que les tribunaux apprécient les litiges au cas par cas. D’où l’intérêt d’écrire les règles noir sur blanc avant qu’un conflit n’arrive.
Le règlement intérieur. Le Code du travail (loi 65-99, article 138) impose un règlement intérieur aux employeurs qui occupent habituellement au moins 10 salariés. Le projet est soumis pour avis aux délégués du personnel puis transmis pour approbation à l’autorité gouvernementale chargée du travail. Rattacher la charte informatique au règlement intérieur, comme le recommandent les juristes, permet de qualifier certains manquements de faute professionnelle. Pour une entreprise plus petite, la charte signée reste l’outil d’information et d’engagement.
La loi 09-08. Contrôler la messagerie, les journaux de navigation ou la géolocalisation, c’est traiter des données personnelles des salariés. L’entreprise doit donc les informer au préalable (l’article 5 détaille les mentions), déclarer le traitement à la CNDP et rester proportionnée. Nous détaillons ces obligations dans notre guide loi 09-08 et CNDP. La charte est l’endroit naturel pour décrire ces contrôles.
La DNSSI de la DGSSI. La Directive nationale de la sécurité des systèmes d’information, publiée par la DGSSI en décembre 2013 et révisée par la circulaire du Chef du gouvernement n° 2/2023, s’applique aux administrations, organismes publics et infrastructures d’importance vitale. Sa mesure « Charte d’utilisation SI » demande une charte destinée au personnel, validée par la hiérarchie, signée par les utilisateurs et qui « constitue un élément opposable en cas de manquement grave ». Elle doit contenir au minimum les règles générales d’utilisation, des éléments de sensibilisation, les réflexes en cas d’incident, et le statut des données et dispositifs privés (supports amovibles, postes nomades, smartphones). Même si votre PME n’y est pas soumise, c’est une excellente grille de départ. Pour le cadre légal plus large, voir notre article sur la loi 05-20 relative à la cybersécurité.
Le plan type d’une charte informatique
Voici le plan que nous utilisons avec nos clients. Pour chaque chapitre, la troisième colonne indique le réglage qui transforme la règle en réalité ; une règle sans contrôle technique est vite oubliée.
| Chapitre | Ce qu’on y écrit | Ce qui la rend réelle |
|---|---|---|
| 1. Objet et champ d’application | Qui est concerné (salariés, stagiaires, prestataires), quels outils | Liste des comptes à jour |
| 2. Comptes et mots de passe | Compte personnel non partagé, mot de passe robuste, double authentification | Politique de mot de passe, MFA imposée |
| 3. Poste de travail | Verrouillage en cas d’absence, pas d’installation de logiciel, mises à jour acceptées | Droits utilisateur standard, verrouillage automatique |
| 4. Messagerie | Usage professionnel, prudence sur les pièces jointes et les liens, pas de transfert automatique vers une adresse personnelle | Filtrage antispam, blocage du transfert externe |
| 5. Internet et outils cloud | Usage personnel raisonnable, catégories interdites, outils de partage autorisés | Filtrage web ou DNS |
| 6. IA générative | Outils validés, données interdites (clients, salariés, contrats) | Outil sous contrat professionnel, blocage des autres |
| 7. Supports amovibles et appareils personnels | Clés USB fournies par l’entreprise, règles pour le smartphone personnel | Contrôle des périphériques, MDM |
| 8. Télétravail et mobilité | Connexion par VPN, réseau domestique, confidentialité dans les lieux publics | VPN avec MFA, chiffrement des portables |
| 9. Incident de sécurité | Qui prévenir, comment, sans délai, ne rien effacer | Contact unique connu de tous |
| 10. Contrôles de l’entreprise | Ce qui est journalisé, pourquoi, par qui, combien de temps | Journaux du pare-feu et de la messagerie, déclaration CNDP |
| 11. Départ du salarié | Restitution du matériel, fin des accès, sort des données personnelles | Procédure de départ avec désactivation le jour même |
| 12. Sanctions et entrée en vigueur | Renvoi au règlement intérieur, date, signature | Accusé de lecture archivé |
Plusieurs chapitres renvoient à nos guides détaillés : politique de mots de passe et gestionnaire, déploiement de la double authentification, sécurité des clés USB et supports amovibles, encadrer l’IA générative et le shadow IT et gestion des smartphones avec un MDM.
Ce qu’il ne faut pas écrire
Les chartes qui posent problème ont souvent les mêmes défauts :
- Des interdictions irréalistes. « Aucun usage personnel d’internet » n’est respecté par personne et affaiblit tout le reste du texte. Un usage personnel raisonnable, qui ne gêne ni le travail ni la sécurité, est plus crédible.
- Une surveillance non annoncée. Un contrôle découvert par hasard par un salarié détruit la confiance et fragilise l’entreprise en cas de litige. Tout ce qui est journalisé doit être décrit.
- Des règles que l’informatique n’applique pas. Interdire les clés USB tout en laissant tous les ports ouverts, ou exiger la double authentification sans l’imposer dans Microsoft 365 ou Google Workspace.
- Un texte juridique illisible. La charte s’adresse à l’assistante comme au commercial. Phrases courtes, exemples concrets, vocabulaire simple.
- Oublier les prestataires et stagiaires. Ce sont souvent eux qui ont les comptes les moins surveillés.
- Une charte figée. Écrite avant le télétravail, avant l’IA générative, jamais relue depuis.
Mettre en place la charte en 7 étapes
- Faire l’inventaire de l’existant : outils utilisés, comptes, appareils personnels, accès distants, règles déjà appliquées. Un audit informatique donne ce point de départ.
- Rédiger une première version courte à partir du plan type, avec la direction, les RH et l’informatique.
- Vérifier la cohérence technique : chaque règle a-t-elle un réglage correspondant ? Sinon, la planifier ou la retirer.
- Faire valider juridiquement le texte, l’articulation avec le règlement intérieur et la déclaration des traitements de contrôle à la CNDP.
- Consulter les représentants du personnel quand la charte est rattachée au règlement intérieur, selon la procédure du Code du travail.
- Présenter la charte en séance, pas seulement par e-mail, puis recueillir la signature ou l’accusé de lecture de chaque utilisateur. Intégrez-la au parcours d’arrivée des nouveaux.
- Relire la charte régulièrement, à chaque nouvel outil ou nouvel usage, et l’accompagner d’un programme de sensibilisation au phishing.
Le chapitre incident : le plus utile de tous
Si vos salariés ne retiennent qu’une page, que ce soit celle-ci. Elle doit dire, en quelques lignes : à qui signaler un clic douteux, une pièce jointe ouverte, un ordinateur perdu ou un message suspect ; comment (un numéro et une adresse, toujours les mêmes) ; et ce qu’il ne faut pas faire (éteindre le poste et tout effacer, ou attendre le lendemain par peur d’être sanctionné). Précisez explicitement qu’un signalement rapide n’est jamais sanctionné : c’est ce qui fait gagner du temps face à un rançongiciel. Notre guide réponse à incident : la première heure détaille la suite côté informatique.
Checklist de votre charte informatique
- Le texte se lit en entier sans effort et utilise des exemples concrets.
- Il couvre salariés, stagiaires et prestataires.
- Mots de passe, double authentification, messagerie, internet, cloud et IA générative sont traités.
- Le statut des appareils personnels et des supports amovibles est clair.
- Les contrôles réalisés par l’entreprise sont décrits, avec leur finalité.
- Les traitements de contrôle sont déclarés à la CNDP.
- La conduite à tenir en cas d’incident tient sur une page.
- La procédure de départ prévoit la fin des accès le jour même.
- La charte est rattachée au règlement intérieur et signée par chaque utilisateur.
- Chaque règle correspond à un réglage technique en place.
Comment nous procédons
Nous partons d’un audit initial offert de vos outils et de vos pratiques réelles, puis nous rédigeons avec vous une charte adaptée à votre taille et à votre activité. Surtout, nous appliquons les réglages qui la rendent effective : double authentification, droits limités sur les postes, filtrage web, blocage du transfert de messagerie externe, gestion des smartphones, chiffrement des portables, procédure d’arrivée et de départ. Dans le cadre de notre infogérance au Maroc, ces réglages restent supervisés 24/7, et un incident critique est pris en charge en moins de 15 minutes.
Consultez notre offre cybersécurité, puis demandez votre audit initial offert : nous vous répondons sous 24 h ouvrées.
Questions fréquentes
La charte informatique est-elle obligatoire au Maroc ?
Aucun texte n’impose une charte informatique à toutes les entreprises privées. En revanche, la DNSSI de la DGSSI exige une charte d’utilisation du SI signée par les utilisateurs dans les administrations, organismes publics et infrastructures d’importance vitale. Pour une entreprise privée, c’est le moyen le plus simple de rendre les règles opposables aux salariés et d’informer le personnel des contrôles, comme l’exige la loi 09-08.
Faut-il annexer la charte informatique au règlement intérieur ?
C’est la pratique recommandée par les juristes marocains : rattachée au règlement intérieur, la charte permet de qualifier certains manquements de faute professionnelle. Le Code du travail impose un règlement intérieur aux employeurs d’au moins 10 salariés, soumis à l’avis des délégués du personnel et à l’approbation de l’autorité chargée du travail. Faites valider le texte par votre conseil juridique.
L’employeur peut-il contrôler les e-mails et la navigation des salariés ?
Il peut mettre en place des contrôles proportionnés à un objectif légitime, comme la sécurité du système d’information, à condition d’en informer préalablement le personnel et de respecter la loi 09-08, qui impose notamment l’information des personnes et la déclaration des traitements à la CNDP. Une surveillance cachée ou disproportionnée expose l’entreprise. La charte est l’endroit où ces contrôles sont décrits.
Que doit contenir une charte informatique au minimum ?
Le champ d’application, les règles d’usage du poste, de la messagerie et d’internet, les mots de passe et la double authentification, les supports amovibles et appareils personnels, l’usage des outils cloud et de l’IA générative, les réflexes en cas d’incident, les contrôles effectués par l’entreprise, les règles au départ du salarié et les sanctions. La DNSSI liste aussi la sensibilisation et le statut des dispositifs privés.
Combien de pages doit faire une charte informatique ?
Il n’existe pas de longueur imposée. Notre conseil : un document que chacun peut lire en entier, rédigé en langage simple, complété par des procédures techniques séparées pour l’équipe informatique. Une charte que personne ne lit ne protège ni l’entreprise ni les salariés.
À propos de la rédaction
ALLSAFE SOLUTIONS
Ingénieurs réseau, sécurité et cloud
Rédigé par l’équipe d’ingénieurs d’ALLSAFE SOLUTIONS, infogérant fondé à Casablanca par des ingénieurs réseau, sécurité et cloud. Nos articles s’appuient sur les projets que nous menons chez nos clients, au Maroc comme à l’international.
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