DNSSI de la DGSSI : ce que demande la directive nationale de sécurité des SI (version 2023)
DNSSI 2023 de la DGSSI : qui est concerné, les 14 chapitres, les règles clés (journaux, sauvegardes, accès, fournisseurs, incidents) et un plan de mise en conformité.

La réponse courte : la DNSSI (directive nationale de la sécurité des systèmes d’information) est le référentiel de règles minimales de sécurité fixé par la DGSSI. Sa version actuelle, datée du 12 janvier 2023, s’applique aux administrations de l’État, aux établissements et entreprises publics, aux collectivités territoriales et à toutes les infrastructures d’importance vitale (IIV), publiques ou privées. Elle concerne aussi les prestataires et sous-traitants qui interviennent sur leurs systèmes. Elle couvre 14 domaines, de la politique de sécurité à la continuité d’activité, et demande un calendrier de mise en conformité puis un bilan annuel.
Ce guide résume ce que le texte exige vraiment, règle par règle pour les plus structurantes, et propose une méthode de mise en conformité. Toutes les obligations citées proviennent du texte publié par la DGSSI sur dgssi.gov.ma ; nous n’ajoutons aucun chiffre qui n’y figure pas. Chez ALLSAFE SOLUTIONS, nous accompagnons cette démarche dans le cadre de notre offre de cybersécurité des entreprises au Maroc.
La DNSSI en bref : origine et place dans le cadre légal
| Repère | Ce que dit la source officielle |
|---|---|
| Première version | Mise en application le 10 mars 2014 par la circulaire n° 3/2014 du Chef du Gouvernement |
| Version en vigueur | Mise à jour par la DGSSI, document daté du 12 janvier 2023 (circulaire n° 2/2023) |
| Base juridique | Loi n° 05-20 relative à la cybersécurité et article 9 du décret n° 2-21-406 |
| Inspiration | La version 2014 s’appuyait sur la norme marocaine NM ISO/CEI 27002:2009 |
| Structure | 14 chapitres et 31 objectifs de sécurité, déclinés en règles codifiées |
| Outil de suivi | Outil d’évaluation de la conformité publié par la DGSSI (fichier tableur) |
La DNSSI ne remplace pas la loi : elle la rend opérationnelle. La loi 05-20 sur la cybersécurité fixe les obligations générales (RSSI, déclaration d’incidents, classification, audits des systèmes sensibles) ; la DNSSI traduit ces obligations en règles concrètes, organisationnelles et techniques. Le préambule le dit sans détour : ce socle « ne devra pas être considéré comme suffisant », et chaque organisation doit aussi s’appuyer sur les guides et référentiels de la DGSSI.
Qui est concerné, y compris dans le privé
Le texte de 2023 vise deux catégories :
- les « entités » au sens de la loi 05-20 : administrations de l’État, collectivités territoriales, établissements et entreprises publics, autres personnes morales de droit public ;
- les infrastructures d’importance vitale, qu’elles soient publiques ou privées.
Le point qui intéresse directement les PME est ailleurs. La directive « concerne l’ensemble des personnes physiques ou morales intervenant dans les SI des entités et des IIV », agents comme tiers, prestataires ou sous-traitants, et leurs employés. Un éditeur de logiciel, un infogérant, un intégrateur réseau ou un fournisseur de téléphonie qui travaille pour un établissement public ou une IIV se retrouve donc tenu, par contrat, de respecter la politique de sécurité de son client. Le chapitre « Relations avec les fournisseurs » prévoit d’ailleurs des clauses de sécurité, de niveaux de service, d’auditabilité et de réversibilité.
Pour une entreprise privée qui n’entre dans aucune de ces catégories, la DNSSI reste un excellent référentiel gratuit, en français, adapté au contexte marocain. C’est souvent un meilleur point de départ qu’un catalogue de mesures étranger.
Les 14 chapitres de la directive
| Chapitre | Exemples de règles (codes du texte) |
|---|---|
| Politique de sécurité des SI | Analyse de risques (POL-RISQUE), politique validée par la direction (POL-FORMEL), plan d’actions, tableau de bord |
| Organisation de la sécurité | Gouvernance, désignation du RSSI, rôles et séparation des tâches, télétravail sécurisé |
| Sécurité des ressources humaines | Vérifications à l’embauche pour les postes sensibles, formation régulière, gestion des départs |
| Gestion des actifs informationnels | Inventaire, propriétaires, charte d’utilisation, cartographie, classification, supports amovibles, postes nomades |
| Contrôle d’accès | Comptes nominatifs, matrice d’habilitations, revue annuelle des droits, comptes à privilège, mots de passe |
| Cryptographie | Politique d’usage, gestion des clés sur tout leur cycle de vie |
| Sécurité physique et environnementale | Zones, contrôle d’accès, vidéoprotection, incendie, câblage, onduleurs, climatisation |
| Sécurité liée à l’exploitation | Changements, antivirus, sauvegardes, journalisation, durcissement, vulnérabilités, correctifs |
| Sécurité des communications | Cloisonnement, filtrage, accès distants chiffrés, Wi-Fi, messagerie |
| Acquisition, développement et maintenance | Sécurité dans les projets, développement sécurisé, tests, protection des données de test |
| Relations avec les fournisseurs | Risques, politique, exigences contractuelles, surveillance des prestations |
| Gestion des incidents de cybersécurité | Procédures, catégorisation, signalement, réponse, alertes maCERT, preuves |
| Continuité de l’activité | Analyse d’impact, PCA/PRA, tests annuels, exercices de crise |
| Conformité | Législation applicable, loi 05-20, licences, loi 09-08, cryptographie, audits réguliers |
Les règles qui demandent le plus de travail
Sur le terrain, ce ne sont pas les politiques écrites qui posent problème, mais les règles techniques qui supposent des outils et une exploitation suivie. Voici celles que nous voyons le plus souvent en écart.
Journalisation centralisée et conservée
La règle EXP-JOURN/SURV-JOURNAL demande d’identifier les journaux à collecter (serveurs, équipements de sécurité et réseau, applications, postes), de les centraliser, de les protéger contre la falsification et de les conserver au moins six mois. Les interventions de maintenance doivent être tracées et conservées au moins trois mois. Les horloges doivent être synchronisées sur un service NTP de confiance, et la règle de centralisation renvoie aux moyens de supervision et de détection prévus par la loi 05-20. Concrètement, cela suppose un collecteur ou un SIEM adapté à une PME, et quelqu’un qui lit les alertes.
Comptes nominatifs, habilitations et privilèges
Chaque utilisateur doit avoir un identifiant unique, les comptes des partants doivent être supprimés ou bloqués immédiatement, et une matrice d’habilitations doit décrire les droits de chacun. Les droits sont revus au moins une fois par an. Les comptes génériques ne sont tolérés que s’ils sont approuvés, documentés et inventoriés. Les actions des administrateurs doivent être tracées, ce qui exclut le compte « admin » partagé. Pour les accès sensibles, le texte cite l’authentification forte parmi les mécanismes attendus : voir notre guide de déploiement de la MFA.
Vulnérabilités et correctifs
La DNSSI demande une procédure de gestion des vulnérabilités fondée sur l’inventaire, avec rôles, délais d’intervention et modalités de correction, et précise que les vulnérabilités jugées critiques doivent être portées à la connaissance de la DGSSI. Une politique de correctifs adaptée à chaque système complète le dispositif, ainsi que le durcissement des configurations (mots de passe et certificats par défaut changés, services inutiles fermés). Notre méthode est détaillée dans le guide sur la gestion des correctifs en entreprise.
Sauvegardes chiffrées, testées et éloignées
Pour chaque système, la procédure de sauvegarde précise la nature, la fréquence et le support, et les données sensibles sont sauvegardées chiffrées. Les restaurations sont testées régulièrement selon une procédure documentée, et les supports sont placés dans une armoire ignifuge ou externalisés sur un site suffisamment distant. C’est exactement la logique de la sauvegarde 3-2-1 immuable.
Réseau cloisonné et accès distants maîtrisés
Le réseau doit être découpé en zones (publique, utilisateurs, serveurs…) avec un filtrage strict et documenté entre elles. Seuls les équipements autorisés peuvent se connecter au réseau interne. Les accès distants passent par des tunnels chiffrés et une authentification adaptée, et le Wi-Fi est cloisonné derrière une passerelle qui trace les accès. C’est le travail d’un pare-feu bien configuré, comme ceux de notre activité d’intégrateur Fortinet au Maroc.
Incidents et alertes maCERT
Les procédures doivent couvrir tous les types d’incidents, les classer selon leur impact, garantir le signalement aux autorités compétentes et organiser la réponse. Quand une alerte vient du maCERT de la DGSSI, l’entité concernée accuse réception puis, si elle est impactée, transmet un compte rendu d’exécution. Un répertoire d’incidents et une procédure de recueil des preuves complètent le chapitre. Notre plan de réponse à incident pour la première heure en donne une trame.
Continuité d’activité
La DNSSI demande une analyse d’impact sur l’activité (BIA), un PCA/PRA qui décrit les rôles de chacun, un plan de test technique annuel et des exercices de crise réguliers. La différence entre les deux plans est expliquée dans notre article PCA ou PRA.
Calendrier et bilan : comment se mettre en conformité
Le texte fixe la méthode : un calendrier de mise en conformité, établi au plus tard six mois après la publication, qui distingue mesures immédiates, à court terme et à moyen terme ; puis un bilan annuel dressé avec l’outil d’évaluation de la DGSSI, transmis à sa demande. La conformité est aussi vérifiée lors des audits menés par la DGSSI ou par des auditeurs qu’elle a qualifiés.
Voici l’ordre que nous suivons avec une organisation qui démarre :
| Étape | Livrable | Règles DNSSI couvertes |
|---|---|---|
| 1. Cadrage | Périmètre, RSSI désigné, gouvernance | ORG-INTER-GOUV, ORG-INTER-RSSI |
| 2. Inventaire et cartographie | Liste des actifs (numéros de série, licences, versions), schéma réseau | ACTIF-RESP-INV, ACTIF-RESP-CARTO |
| 3. Classification et risques | Classement des actifs, analyse de risques | ACTIF-CLASSIF-INFO, POL-RISQUE |
| 4. Auto-évaluation | Outil d’évaluation DGSSI rempli, écarts listés | Ensemble de la directive |
| 5. Mesures immédiates | Comptes nominatifs, MFA, sauvegardes testées, correctifs critiques | Contrôle d’accès, exploitation |
| 6. Mesures à court et moyen terme | Journalisation centralisée, cloisonnement, PCA/PRA, contrats fournisseurs | Exploitation, communications, continuité, fournisseurs |
| 7. Suivi | Tableau de bord, bilan annuel, audits réguliers | POL-TDB, CONF-REVU-SSI |
Deux conseils issus du texte lui-même. D’abord, les écarts sont admis s’ils sont « dûment motivés et justifiés » : documentez chaque exception plutôt que de la taire. Ensuite, la DNSSI renvoie vers d’autres textes que vous devez traiter en parallèle, notamment la loi 09-08 et la CNDP pour les données personnelles, et une charte informatique signée par les utilisateurs, que la règle ACTIF-RESP-CHARTE rend obligatoire.
DNSSI, ISO 27001 et audit : comment les articuler
Les trois démarches se complètent :
- la DNSSI fixe les règles minimales attendues au Maroc pour son champ d’application ;
- l’ISO 27001 apporte un système de management et une certification reconnue par les clients et partenaires étrangers (voir ISO 27001 pour PME au Maroc) ;
- l’audit mesure l’écart réel, techniquement, et alimente le plan d’actions (voir audit de sécurité et test d’intrusion).
Une organisation qui sert le secteur public ou une IIV a intérêt à cartographier ses mesures une seule fois et à les rattacher aux deux référentiels, plutôt que de mener deux projets séparés.
Ce qu’ALLSAFE SOLUTIONS peut prendre en charge
En tant qu’infogérant basé à Casablanca, nous intervenons surtout sur la partie technique et l’exploitation, celle qui demande un suivi continu : inventaire et cartographie, durcissement, comptes et MFA, pare-feu et cloisonnement, sauvegardes testées, journalisation et supervision 24/7, gestion des correctifs, traitement des alertes. Nous préparons aussi les éléments que vous fournirez à vos clients publics ou IIV lorsqu’ils vous demandent de prouver votre conformité en tant que prestataire. Avec un contrat d’infogérance au Maroc, les incidents critiques sont pris en charge en moins de 15 minutes.
Pour savoir où vous en êtes par rapport à la DNSSI, commencez par un état des lieux : nous vous proposons un audit initial offert, avec une réponse sous 24 h ouvrées. Contactez-nous.
Questions fréquentes
La DNSSI s’applique-t-elle à une PME privée ?
Pas directement, sauf si elle est désignée infrastructure d’importance vitale. Mais la directive concerne aussi les tiers, prestataires et sous-traitants qui interviennent sur les systèmes d’information des entités publiques et des IIV : une PME fournisseur doit donc respecter la politique de sécurité de son client, et les contrats le prévoient.
Quelle est la version en vigueur de la DNSSI ?
La version publiée par la DGSSI et datée du 12 janvier 2023, diffusée par la circulaire n° 2/2023. Elle remplace la première version, mise en application le 10 mars 2014 par la circulaire n° 3/2014 du Chef du Gouvernement. Le texte et l’outil d’évaluation sont téléchargeables sur le site de la DGSSI.
Quels délais fixe la DNSSI ?
Les entités et IIV disposaient de six mois après la publication pour fixer un calendrier de mise en conformité, avec des mesures immédiates, à court terme et à moyen terme. Ensuite, un bilan annuel est dressé avec l’outil d’évaluation de la DGSSI et transmis à sa demande. Certaines règles fixent aussi des fréquences : revue des droits au moins une fois par an, journaux conservés au moins six mois, test technique du PCA/PRA annuel.
Quelle différence entre la DNSSI et ISO 27001 ?
ISO 27001 est une norme volontaire et certifiable, centrée sur un système de management. La DNSSI est un référentiel national de règles minimales, rendu obligatoire pour son champ d’application par le cadre de la loi 05-20. Les thèmes se recoupent largement, si bien qu’un travail ISO 27001 bien mené couvre une bonne partie de la DNSSI.
Que se passe-t-il en cas de non-conformité ?
La DGSSI indique que la conformité est vérifiée lors des audits des systèmes d’information menés par ses services ou par des auditeurs qu’elle a qualifiés. Les écarts par rapport aux règles doivent être motivés et justifiés. Les sanctions éventuelles relèvent de la loi 05-20 et de ses textes d’application, pas de la directive elle-même.
À propos de la rédaction
ALLSAFE SOLUTIONS
Ingénieurs réseau, sécurité et cloud
Rédigé par l’équipe d’ingénieurs d’ALLSAFE SOLUTIONS, infogérant fondé à Casablanca par des ingénieurs réseau, sécurité et cloud. Nos articles s’appuient sur les projets que nous menons chez nos clients, au Maroc comme à l’international.
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